Massif Central

L’Aurillac la Rolls-Royce du parapluie

 

« C’était en 1995, un meeting politique avec Jacques Chirac était organisé à Bagatelle, dans le cadre de l’élection présidentielle. Quelques jours avant, les météorologues avaient prévu de la pluie. Paniqués, les organisateurs lancèrent un appel d’offres de 10 000 parapluies en Asie et en France », explique Jean Piganiol, l’un des derniers fabricants de parapluies d’Aurillac. Les fabricants de parapluie avaient une semaine pour honorer cette commande qui ne fut que de 6 000 parapluies.

Pour la première fois dans la vieille histoire du parapluie, trois concurrents : Dalbin,Piganiol et la Sofrap décidèrent de s’unir pour honorer cette commande. Les 6 000 parapluies arrivèrent en temps et en heure à Bagatelle.

Cette première collaboration allait en fait donner naissance à la Rolls-Royce du parapluie made in Aurillac.

Les collectivités locales promettaient de financer une étude de marché et une campagne de promotion nationale si les trois fabricants réalisaient ensemble un parapluie haut de gamme. L’idée plut à Dalbin, Piganiol et à la Sofrap. Et ensemble, ils lancèrent l’Aurillac.

« Aujourd’hui neuf parapluies sur dix proviennent d’Asie. On ne pouvait plus lutter sur le marché du parapluie comme objet utilitaire. On a décidé de s’orienter vers un produit haut de gamme », explique Jean Piganiol, directeur de l’entreprise qui porte le même nom.

En 1928, Aurillac comptait huit sociétés qui employaient plus de 750 personnes. En 2003, il ne reste plus que deux sociétés, Dalbin ayant été racheté par Piganiol et seulement 50 salariés.

 

Cinquième génération

 

Le berceau du parapluie peut encore maintenir son activité grâce à l’Aurillac. « Nous travaillons avec un bureau de style Nelly Rody à Paris et nous réalisons deux collections par an » précise Matthieu, cinquième génération à reprendre le flambeau. Enthousiaste, il montre la collection qui va partir au Japon, un de leurs meilleurs clients. Non seulement les Japonais sont friands de parapluies mais aussi d’ombrelles. Il ouvre un parapluie style Courrèges, bleu marine gansé de rouge, « nous l’avons prêté au magazine Elle pour des photos de mode », déclare l’intéressé. « Celui-là a beaucoup de succès depuis le film Amélie Poulain. » De couleur pastel, il représente des scènes de la vie de Montmartre.

Pour l’entreprise Piganiol, ces parapluies sont un gros pari car ils demandent un investissement important. «  Pour les créations, nous demandons sur commande un tissu en Italie. Nous sommes obligés d’acheter 500 m de tissu ce qui représente 750 parapluies. Nous avons pas le droit à l’erreur », souligne Matthieu Piganiol, tout en manipulant le parapluie très tendance. Surtout après la mauvaise conjecture de l’été, la canicule n’ayant pas fait vendre un parapluie.

La maison Piganiol a certes un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros en 2002. Mais il faut toujours rester vigilant. L’entreprise Piganiol réalise beaucoup de parapluies utilitaires et événementiels. Par exemple, lorsque sur le tarmac des circuits de Formule 1, vous voyez un parapluie, Piganiol n’est pas loin. Ils travaillent aussi beaucoup pour le champagne. Les grandes marques de luxe font aussi appel à cette société aurillacoise car elle possède un savoir-faire unique. N’est-ce pas elle qui a conçu des parapluies en bois et en roseau pour abriter les personnalités de l’Elysée ? L’entreprise Piganiol ne s’arrête pas là. Elle a ouvert un magasin à Aurillac et un à Saint-Jean-de-Luz. Elle s’interroge sur l’opportunité d’en ouvrir en Normandie, une région où, selon certaines mauvaises langues, il pleut souvent. L’avenir du parapluie semble assuré.