Le parapluie à Aurillac - Une industrie féministe avant l'heure

L'industrie du parapluie a employé de très nombreuses ouvrières à domicile. Elle a ainsi largement contribué à l'essor du travail féminin, un gage de qualité pour la fabrication des parapluies.

Tandis que les hommes étaient principalement occupés en atelier au travail de coupe et de réalisation des montures (on les appelait des carcassiers) les femmes avaient en charge la réalisation de la couverture, à domicile.

Dès 1862, le préfet du Cantal écrit à un ministre : "La confection du parapluie a été récemment introduite et commence à fournir du travail aux femmes de la ville. Les ouvrières travaillent à domicile."

Ces dernières viennent ainsi à l'usine chercher des points de tissu découpées en triangle, ainsi que les montures. Elles assemblent les couvertures, posent les aiguillettes, et fixent la couverture sur la carcasse. Selon la qualité exigée, d'autres finitions peuvent être effectuées à la main sur le parapluie:

  • la pose de la rosette (pièce de tissu froncée enrobant le coulant)
  • la pose de la choupette (pièce de tissu froncée posée sous la plaque ou servant de plaque pour une ombrelle)
  • la pose des garnis (petit rond en tissu entourant la jointure des brins. Il évite à la toile de se déchirer et au brin de rouiller)

Sur les parapluies Piganiol, l'ensemble de ces trois actions sont encore réalisées quotidiennement et à la main, afin d'offrir la meilleure des qualités pour ces parapluies haut-de-gamme.

Une fois le travail achevé, les ouvrières ramènent les parapluies 2 à 3 fois par semaine où ils sont contrôlés par la receveuse. Le rôle de ces dernières est très important au sein de chaque entreprise et elles sont en même temps redoutées et peu aimées par les ouvrières à domicile.

Les ouvrières sont alors payées à la pièce, chaque quinzaine. Le salaire est maigre, n'atteint pas celui des ouvriers en atelier et les ouvrières doivent payer leur fil et leur électricité.

Les femmes trouvent néanmoins des avantages dans ce travail à domicile qui leur permettent d'être indépendantes et d'organiser leur journée comme elles le souhaitent, conjuguant l'entretien de leur intérieur, leurs enfants et leur production.

Si le centre-ville d'Aurillac s'habitue vite au manège incessant des brouettes ( également appelées caretou) remplies de parapluies, c'est tout le bassin Aurillacois qui devient concerné. Les ouvrières viennent d'Arpajon, Ytrac, Saint-Simon, Naucelles, Jussac ou Marmanhac.

Le travail à domicile prend fin dans les années 60 avec le déplacement des usines et ateliers en zone industrielle.

La grève des ouvrières en parapluie

Le premier mouvement de grève a lieu en 1905, au sein de l'entreprise Uzols. Les ouvrières réclament une augmentation sur la façon des parapluies. Le mouvement est un échec.

La seconde grève débute en 1914 dans un climat social tendu. Lafont souhaite scinder le travail de piquage et de finitions. Cela entraîne une diminution de moitié des ouvrières. Une négociation a lieu mais les ouvrières refusent ces nouvelles conditions. Contrairement au premier mouvement de 1905, l'ensemble des ouvrières à domicile des 5 fabriques de paraplui les soutiennent. Le 14 janvier, 250 personnes se réunissent à la Bourse du Travail et décident par acclamation de la création d'une section des ouvrières en parapluie.

La grève générale est votée à l'unanimité le 5 février. Un délégué de la Fédération des Industries de l'Habillement de la CGT vient spécialement de Bordeaux et le 19 février, sous l'égide du Préfet du Cantal, un accord est trouvé, applicable à l'ensemble des usines de parapluies d'Aurillac, entraînant une hausse de 30% environ des salaires des ouvrières.

Les grèves des ouvrières en parapluies se multiplieront toujours pour obtenir des augmentations de salaires : 1917, puis 1920 et 1928.